Actes Diurnes

Perspectives Assassinees

Halcyon Days

 


"My danger-girl, my tigeress…"

Ecluse des jours

Hier, je me suis promené non-loin du Canal Saint-Martin, regardant fasciné, le travail mécanique des écluses. Après deux Capinrinha à la fraise rue de Charonne, je traversais les puces d’Oberkampf. Mon oeil fût détourné de sa route par l’Eneide de Virgile, là, entassée parmis de vieilles revues marxistes. Je m’approche, prends le livre :

- Homme très connu, très célèbre.

- Pardon ? Ah… oui. Virgile. Oui.

- Combien ?

- 1 euros.

- Bien. Voici.

Je repense instanément aux dix grands sesterces que versa Octavie, la soeur d’Auguste à Virgile s’étant évanouit à la lecture du passage où il dépeignit la mort prématurée de son fils ; ainsi qu’à la fin de la vie de Virgile, qu’on taxa d’imitateur, à tort bien entendu, car ses poésies sont devenues, à leur tour, une source féconde d’inspiration pour d’autres poètes - Molière, Aragon et l’imitation -. Il mourut au retour d’Athènes. Là, il était allé voir la cité où la première partie de l’action de l’Enéide se déroulait, convaincu par Auguste lui-même. Il mourut au retour, à Brindes, l’an 19 avant notre ère ; son corps fut, d’après son désir, transporté à Pouzzoles, près de Naples. Par testament il demandait que son Enéide inachevée fût jetée au feu : Auguste ne le voulut pas.

Les mots de ce vieilllard émigré de je-ne-sais-où étaient un cataclisme. Ce modeste vendeur de livres de brocante, ignorant peut-être qui était réellement Virgile, me vendait toute sa gloire et son talent. Sa célébrité retentit alors comme le cri d’une déesse irritée, comme la clameur de la foule louant la flotte Troyenne à son départ, le roi Enée ordonnant de mettre les voiles, Eole et Jupiter ensemble résonnant dans l’écho des abysses…

Enclos Enclin Deuil

Dans notre Huis Clos
Se tient un spectacle aiguisé
Quand du vase se renverse l’eau
Vole davantage d’oiseaux déguisés
La franche castagne
Comme un voyage au bout du jardin
Quand planter ne sert à rien
Il ne m’est plus de campagne
Et pourtant avec elle la vie
Je ne suis rien que tu ne tiennes
Alors tu déchires les pages et ne lis
Quoique j’obtienne
De toi
De moi
Tu bazardes sans foi ni loi
La peur ?
Petite souris qui nous ronge
Malheur !
A celui qui au front ne s’éponge
Vivre sans paupières
Je ne suis pas polie !
Mais j’ai de la peine
Il ne fera donc jamais nuit ?
Aimer à perdre haleine
Jouir de mon orgueil
Un dur sans argent
C’est çà mon œil !
Je vais mourir trop tôt mon enfant !
Trop tard ! Par pitié !
Toi qui me hais, si tu me crois, tu me sauves
Lâche ! Lâche ! Lâche !
La foule l’entends-tu ?
Éhonté ! Effronté ! Je t’ENFERmerais !
Moi quand je te dis ce qui est !
C’est le style des familles
Ailleurs tu n’iras sans nous donner
De quoi nous ravir les papilles

M. Leccia

Let me tell you something, baby
‘cause you don’t know, you don’t know
Listen to me, is this alright?
It’s alright
It’s alright, darling
It’s alright, baby…

Autobiographie sans evenements

Agir, c’est connaître le repos nous affirme Bernardo Soares, pour qui les paysages, l’univers entier passent sur nous comme une ombre sans passé, ni avenir; la représentation de l’état d’esprit un habillement, "miroir, cintre et stylo". On peut également rapprocher cela de Valéry, "Il faut ignorer beaucoup de choses afin d’agir".

Ce “Livre de l’Intranquillité”, une masse immense de miroirs, "toutes les opinions", perpétuelle quête de la compréhension du regard sur soi-même, de l’assistance de l’être, écrire afin de se sentir vivant, parfois lorsque le repos lui-même est une fatigue. Il y a une révélation humaine primordiale et latente qui se dessine en un voyage au sein du doute, chez Pessoa comme beaucoup d’autres : l’ironie socratique est un passage essentiel; vers l’éthique par exemple pour Kierkegaard.

[…] “L’homme supérieur diffère de l’homme inférieur, et de ses frères les animaux, par la simple qualité de son ironie. Celle-ci est le premier signe que la conscience a pris conscience d’elle-même. Et l’ironie passe par deux stades: celui marqué par Socrates, disant “je sais seulement que je ne sais rien”, et celui marqué par Sanchez (philosophe portugais de la Renaissance), disant “je ne sais même pas si je ne sais rien”. La première étape parvient à ce point où nous doutons de nous dogmatiquement, et tout homme supérieur atteint cette étape. La seconde parvient au point où nous doutons, et de nous-mêmes, et de notre doute, et bien peu d’hommes l’ont atteinte au cours de cette brève durée, déjà si longue, au cours de laquelle l’humanité a vu alterner le soleil et la nuit à la surface diverse de la terre.

Se connaître, c’est se tromper, et l’oracle qui demandait “connais-toi toi-même” proposait une tâche plus difficile que les travaux d’Hercule, une énigme plus ténébreuse que celle du Sphinx. S’ignorer soi-même consciemment, voilà le chemin. Et s’ignorer soi-même consciemment, c’est user activement de l’ironie. Je ne connais rien de plus grand, ni de plus digne de l’homme véritablement grand, que l’analyse patiente, expressive, des différentes manières de nous ignorer, le compte exact de l’inconscience de nos consciences, la métaphysique des ombres autonomes, la poésie née du crépuscule de la désillusion.”

Je m’efforcerais périodiquement à décliner “Le Livre de l’intranquillité” en autant d’esquisses possibles, admirant l’enthousiasme tranquille que les autres lecteurs manifestent à l’égard des analyses et des débats sur l’hétéronimie, à défaut de reproduire parfois les textes dans un plus ample format et de les laisser vivre.

The Monster

traduction anglaise de “O Mostrengo !” de Fernando Pessoa

The Monster thats lyes at the bottom of the sea
In the darkest night it rose in the air.
Around the ship it flew three times.
Three times it flew screaching
And said : “Who dares to enter the caves that I do not reveal !”
"My black edges at the End of the World !"
And the Man at the Wheel said trembling : “King John, the second !”
"Whose sails are those where I’m lying ?"
Whose kneels are those that I see and listen ?”
Said the Monster and it turn around three times.
Three times it turn around filthy and large
"Who dare to do what only I can do ?"
"Me who lives, where nobody can see me."
"And brings the fears of the bottomless sea"
And the Man at the Wheel trembled and said : “King John, the second !”
Three times the Wheel his hands released
Three times the Wheel, his hands clenched
And said, after trembling three times :
"Here, at the Wheel, I’m more than myself !"
"I’m a People who demands the sea "that is yours !"
"And more than the Monster whitch my soul fears and flies in the Darkness at the End of the World"
"I’m bound at the Wheel by the will of King John, the Second !"

"All that so men can live like girls to keep their might pert
Digging music made by millionaires for car adverts
Save the whales, invade Iraq and have a hamburger
I can’t distinguish between the nightmare and the joke”